20-05-2026

Dans la Loire, un vigneron retraité continue de défendre les anciens cépages hybrides que nombre de responsables du vin français ont tenté, pendant des décennies, d’écarter du vignoble.
Daniel Mondon, qui s’est lancé dans la viticulture à 50 ans avant de s’installer à Boisset-Saint-Priest, a expliqué n’avoir jamais traité ses vieux hybrides avec des pesticides et n’y avoir jamais observé de maladie. Il a constitué son vignoble dans le Forez autour d’un assemblage de gamay et d’hybrides comme le baco, le seibel, le couderc et le ravat 6, des vignes qui correspondaient, selon lui, à son objectif d’une agriculture avec peu d’interventions. « Je n’ai jamais fait aucun traitement sur les vieux hybrides », a-t-il déclaré dans un entretien publié lundi par Reussir Vigne. « Je n’ai jamais eu aucune maladie. »
Ses propos interviennent alors que des vignerons et défenseurs des hybrides dits patrimoniaux tentent une nouvelle fois d’obtenir la reconnaissance de cépages toujours interdits pour la production commerciale de vin en France, parmi lesquels clinton, herbemont, isabelle d’Amérique, jacquez, noah et othello. Ces six variétés sont restreintes depuis 1934 par la loi française, ensuite reprise dans la réglementation viticole européenne. Leurs partisans estiment que cette interdiction n’a plus lieu d’être à l’heure où les vignobles subissent la pression de la chaleur, de la sécheresse et des maladies.
Mondon a expliqué que l’attrait des hybrides tenait à une chose simple : ils demandaient peu ou pas de traitements. Il a indiqué vinifier sans soufre ni filtration et élever ses vins trois ou quatre ans en barriques. Il a aussi dit ne pas s’inquiéter du goût dit foxé souvent invoqué pour discréditer les vins issus d’hybrides. Au début, a-t-il raconté, les consommateurs se montraient sceptiques. Mais avec le temps, les jeunes buveurs se sont montrés plus ouverts.
Le débat a gagné en urgence avec le changement climatique qui recompose la viticulture partout en Europe. Certains hybrides mûrissent tardivement, ce qui peut constituer un avantage lors des saisons plus chaudes, tandis que d’autres présentent une forte résistance au gel printanier grâce à leurs bourgeons secondaires capables de fructifier eux aussi. Jérôme Villaret, qui travaille sur des projets autour des cépages patrimoniaux pour un groupe IGP dans les Cévennes, a estimé que ces caractéristiques avaient permis à certains hybrides de survivre dans des zones reculées même après les campagnes officielles d’arrachage.
Selon Villaret, les producteurs font désormais pression sur Bruxelles et Paris pour lever les restrictions restantes. Il a indiqué que le ministère français de l’Agriculture avait de nouveau soutenu l’été dernier que ces cépages interdits présentaient des risques sanitaires en raison des niveaux de méthanol, une affirmation qu’il rejette. D’après lui, les études montrent que les teneurs en méthanol restent inférieures aux limites légales et peuvent être plus faibles que celles relevées dans certains vins de Vitis vinifera.
Le dossier est arrivé jusqu’au Parlement européen après l’invitation lancée aux partisans par Éric Sargiacomo, eurodéputé socialiste français. Un amendement visant à assouplir l’interdiction avait d’abord été adopté avant d’être retiré par la suite. Villaret a indiqué que le commissaire européen chargé de l’agriculture souhaite revenir sur ce sujet lors des prochaines discussions sur l’organisation commune du marché du vin en 2026.
Pour Mondon, désormais retraité mais toujours actif dans la promotion des cépages qu’il avait plantés autrefois, le combat est devenu autant culturel qu’agricole. Il a créé en 2022 un salon des vins rebelles afin d’éviter que ces variétés ne tombent dans l’oubli et de permettre aux consommateurs de les goûter. L’édition de cette année est prévue les 1er et 2 mai au château de Bouthéon, dans la plaine du Forez, avec une vingtaine de vignerons attendus, dont quatre venus d’Italie.
Le mouvement attire aussi de nouveaux producteurs. Didier Mounier, ingénieur devenu exploitant près de Saint-Marcellin-en-Forez au Domaine Terre Vin Ciel, a indiqué qu’il prévoyait à terme de planter 5 hectares, dont la moitié en hybrides, notamment des variétés plus anciennes comme chancellor et plantet en raison de leur intérêt historique et de leur résistance aux maladies. Il s’intéresse aussi à saphira, un hybride plus récent issu de noah.
Les partisans assurent que la demande progresse chez les vignerons qui veulent des vignes capables de supporter la sécheresse et les maladies avec moins d’intrants. Ils soulignent aussi que les plantations hybrides occupaient autrefois de vastes surfaces en France ; Villaret a rappelé qu’en 1958, 400 000 hectares étaient plantés en hybrides dans tout le pays.
Pour l’heure, les défenseurs du dossier disent avoir trouvé une voie juridique étroite : les douanes françaises et les autorités européennes ont confirmé que ces cépages peuvent être déclarés comme « boisson à base de jus de raisin fermenté », plutôt que comme vin. Cette solution permet à certains producteurs de les commercialiser tant que l’interdiction générale demeure en vigueur.
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