La Suisse propose de mettre aux enchères ses contingents d’importation de vin
Selon les autorités, le projet renchérirait les vins étrangers, après qu’une précédente restriction a suscité l’opposition des négociants.
mardi 13 octobre 2026
La Suisse prépare une nouvelle tentative pour protéger ses producteurs de vin de la concurrence étrangère, en modifiant le mode d’attribution des contingents d’importation, après qu’un précédent projet s’est heurté à l’opposition des négociants et d’autres acteurs de la filière.
La dernière proposition, présentée à la filière viticole par le conseiller fédéral Guy Parmelin et l’Office fédéral de l’agriculture, obligerait les importateurs à enchérir pour accéder aux contingents d’importation de vin. Selon le projet, les entreprises disposées à payer le plus obtiendraient le droit d’introduire des vins étrangers dans le pays. Les autorités suisses expliquent que l’objectif est de renchérir les vins importés et d’accorder un avantage aux producteurs nationaux sur un marché confronté à une demande en baisse et à une offre excédentaire.
Le débat intervient alors que la filière viticole suisse est confrontée à un problème structurel. La consommation de vin recule, selon les statistiques fédérales citées par le radiodiffuseur public suisse SRF, en particulier chez les jeunes consommateurs, qui en boivent moins. Dans le même temps, les surfaces viticoles et la production n’ont pas diminué au même rythme, laissant le marché en situation de surproduction.
Les autorités cherchent des moyens de soutenir les producteurs suisses. Plus tôt cette année, Guy Parmelin et l’Office de l’agriculture ont soumis à consultation une modification distincte de l’ordonnance sur le vin. Cette proposition aurait, dans les faits, lié les importations de vin à l’activité nationale en n’autorisant les importations qu’aux entreprises achetant et transformant également des raisins suisses. La mesure a été rejetée lors de la consultation.
Le nouveau projet de mise aux enchères poursuit l’objectif d’aider les producteurs locaux, mais repose sur un mécanisme différent. Jean-Marc Chappuis, directeur adjoint de l’Office fédéral de l’agriculture, a déclaré à SRF que la nouvelle méthode d’attribution consisterait en une mise aux enchères, les contingents d’importation étant accordés aux plus offrants.
Dans les faits, cette approche ajouterait probablement un nouveau coût à l’importation de vins étrangers. Pour le secteur des boissons, les conséquences pourraient dépasser le cadre des vignobles suisses. La mise aux enchères des contingents pourrait renchérir l’accès au marché pour les importateurs de vin, peser sur les marges commerciales et affaiblir la position concurrentielle des fournisseurs étrangers qui vendent en Suisse. Ces effets dépendraient de la conception définitive du système et des prix atteints lors des enchères.
Le négociant en vins Philipp Schwander, l’un des professionnels les plus connus de Suisse, a vivement critiqué à la fois le précédent projet et le nouveau. S’exprimant auprès de SRF, il a déclaré que le premier aurait rendu le commerce suisse du vin pratiquement tributaire des invendus nationaux. Il a également qualifié le projet de mise aux enchères d’idée ancienne, déjà rejetée il y a une vingtaine d’années, estimant qu’il va dans le même sens en compliquant la concurrence avec les vins étrangers.
Philipp Schwander a déclaré que certains producteurs de vin de Suisse romande réclament une protection contre la concurrence et que, l’obligation d’achat de produits nationaux n’étant plus viable, les responsables politiques cherchent désormais une autre voie pour restreindre les importations. Ses propos reflètent une division plus large au sein de la filière, entre les producteurs qui souhaitent être protégés des importations à bas prix et les négociants qui redoutent une hausse des coûts et un marché moins ouvert.
L’Office de l’agriculture lui-même a reconnu que la proposition ne répondrait pas à l’ensemble des problèmes de la filière. Jean-Marc Chappuis a déclaré qu’il ne fallait pas trop attendre du système de mise aux enchères, car il ne résoudrait pas le problème de fond, qu’il a décrit comme une évolution majeure des habitudes de consommation au cours des dernières années.
C’est là le cœur du débat politique. Une protection aux frontières peut modifier les prix, mais elle ne répond pas directement aux raisons du recul de la demande. Les producteurs de vin suisses font face à un marché où les consommateurs, en particulier les jeunes adultes, boivent moins de vin. Si cette tendance se poursuit, la hausse des coûts d’importation n’apportera qu’un soulagement limité aux producteurs nationaux, tout en faisant peser les coûts sur les importateurs et, potentiellement, sur les consommateurs.
Philipp Schwander a déclaré que le secteur méritait d’être soutenu, mais que cette aide devrait prendre une autre forme. Selon lui, il faudrait accompagner l’adaptation structurelle de la filière, apporter un soutien financier durant cette transition et aider les producteurs suisses à développer leurs débouchés à l’export, à l’image des politiques menées dans l’Union européenne. Il a cité des parts d’exportation de 40% pour l’Allemagne, 50% pour l’Italie et 60% pour l’Espagne, contre 1.4% pour la Suisse. À ses yeux, les vins suisses de grande qualité sont sous-évalués à l’échelle internationale et pourraient trouver des acheteurs à l’étranger.
Selon SRF, les autorités suisses envisagent également des mesures pour promouvoir les ventes de vin suisse à l’étranger. Mais la prochaine étape immédiate concerne le projet de mise aux enchères des importations, qui devrait désormais être soumis à consultation.
Les producteurs suisses, les importateurs, les exportateurs étrangers et les détaillants suivront de près l’issue du dossier. La Suisse est un marché relativement petit, mais les changements réglementaires qui modifient le prix et la disponibilité des vins importés peuvent rapidement remodeler les relations commerciales dans l’ensemble du secteur des boissons. Pour les producteurs nationaux, cette proposition constitue une nouvelle tentative de leur donner une marge de manœuvre sur un marché difficile. Pour les négociants, elle fait craindre une hausse des coûts sans résoudre le recul de la consommation à l’origine des difficultés de la filière.