La Suisse renonce à lier les droits d’importation de vin à l’achat de raisins suisses

Les organisations de vignerons estiment que la nouvelle stratégie fédérale ne permettra pas d’atténuer la crise des producteurs suisses.

mardi 6 octobre 2026

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La Suisse renonce à lier les droits d’importation de vin à l’achat de raisins suisses

La Suisse a renoncé à lier les droits d’importation de vin à l’achat de raisins suisses. Cette décision a suscité une vive réaction des organisations de vignerons, qui estiment que le gouvernement fédéral n’en fait pas assez pour répondre à la crise que traverse la filière viticole du pays.

Lors d’une réunion à Berne, le conseiller fédéral Guy Parmelin a présenté une nouvelle stratégie fédérale de soutien à la viticulture suisse. Selon le gouvernement suisse, le plan repose sur trois mesures principales : adapter les surfaces viticoles à la demande, renforcer la promotion et les exportations, et modifier les règles d’importation. Ces mesures visent à soutenir la production viticole suisse et à améliorer la position des vins suisses sur les marchés national et international.

L’une des pistes examinées auparavant aurait consisté à subordonner l’attribution du contingent tarifaire de l’OMC pour le vin, d’un volume de 170 millions de litres, à l’achat et au pressurage de raisins suisses. Dans les faits, cela aurait introduit une forme de préférence nationale dans le système d’importation. Le gouvernement fédéral a indiqué que la proposition n’avait pas recueilli la majorité des suffrages lors des consultations avec les parties prenantes et qu’elle était désormais abandonnée.

À la place, Berne propose de prolonger les aides à l’arrachage volontaire des vignes afin de réduire les capacités de production lorsque cela est nécessaire. Le gouvernement a également indiqué que les exportations de vin suisse pourraient bénéficier d’un soutien supplémentaire dans le cadre de futurs accords commerciaux. Autre changement envisagé : le contingent tarifaire de l’OMC pour le vin serait mis aux enchères dans le cadre du train d’ordonnances 2027. Le Conseil fédéral devrait ouvrir une consultation publique sur ces propositions en janvier 2027.

Cette stratégie fait suite aux discussions lancées en août 2025 par le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche de Guy Parmelin avec l’Union suisse des paysans, l’Interprofession de la vigne et des vins suisses, la Fédération suisse des vignerons, Swiss Wine Promotion, l’Association suisse du commerce des vins et les autorités cantonales. Ces échanges visaient à trouver des mesures pour soutenir une filière sous pression.

Les organisations de vignerons ont réagi avec déception et inquiétude à la publication de la dernière position du gouvernement. Dans une déclaration commune, la Fédération suisse des vignerons, l’Interprofession de la vigne et des vins suisses et l’Union suisse des paysans ont dit regretter profondément l’abandon du projet de préférence nationale. Elles ont fait valoir que les producteurs de vin suisses restent confrontés à de graves difficultés et que la stratégie en trois volets présentée par le département ne corrigera pas le déséquilibre qui touche la filière.

Un autre groupe, l’Association suisse des vignerons indépendants, a accusé Parmelin d’induire les producteurs en erreur et de privilégier les intérêts du commerce du vin au détriment des familles de vignerons. L’Interprofession de la vigne et du vin du Valais, l’une des principales régions viticoles du pays, a également critiqué le plan. Elle a qualifié la décision du gouvernement de décision sans courage et affirmé que Berne n’avait pas assumé ses responsabilités face à la crise actuelle.

Le désaccord porte sur le degré de protection que le gouvernement fédéral devrait accorder à la production nationale tout en respectant le cadre plus large du marché. Les vignerons réclamaient des mesures plus fortes, qui auraient directement lié les importations au soutien de la production suisse. Le gouvernement s’oriente, lui, vers un dispositif axé sur la réduction des capacités excédentaires, la promotion des ventes et des exportations, ainsi que la refonte du mécanisme d’importation, plutôt que sur une restriction de l’accès au marché conditionnée à l’achat de produits nationaux.

La décision dépasse le seul cadre de la politique viticole. En écartant l’obligation faite aux importateurs d’acheter des raisins suisses pour accéder au principal contingent de vin, la Suisse évite la mise en place d’un nouvel obstacle susceptible d’affecter les fournisseurs étrangers de vin et les distributeurs nationaux. Dans le même temps, la mise aux enchères des droits d’importation pourrait modifier les coûts et les conditions de concurrence pour les importateurs de vin, les négociants et les autres entreprises liées au marché des boissons, selon les modalités retenues dans le texte définitif.

Pour les producteurs suisses, la question centrale est de savoir si le nouveau dispositif pourra stabiliser un marché que de nombreux professionnels jugent en grande difficulté. Le gouvernement entend réduire les surfaces viticoles là où cela s’avère nécessaire et tenter d’accroître la valeur et la portée des vins suisses. Les organisations de vignerons estiment que cette approche est très en deçà de l’intervention plus énergique qu’elles réclamaient. La consultation, qui devrait s’ouvrir officiellement au début de l’année prochaine, s’annonce donc probablement houleuse.

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