Les États-Unis imposent un tarif de 50 % sur les produits canadiens

Les nouvelles taxes visent notamment le vin et les spiritueux, avec un risque de hausse des coûts avant la saison d’achats d’automne.

28-07-2026

Partagez-le!

Les États-Unis ont décidé d’imposer un tarif supplémentaire de 50 % sur un large éventail de produits canadiens, dont les boissons alcoolisées et les produits relevant des lignes tarifaires du vin, dans une nette escalade du conflit commercial entre les deux pays et une mesure susceptible d’avoir des répercussions sur le marché américain des boissons avant la saison d’achats d’automne.

Les nouvelles taxes ont été détaillées dans trois proclamations présidentielles signées le 20 juillet et doivent s’appliquer aux marchandises visées mises à la consommation à compter du 19 août à 00 h 01, heure de l’Est, selon une analyse juridique publiée lundi par le cabinet d’avocats BLG. Les mesures sont présentées autour des véhicules automobiles, des boissons alcoolisées et des produits laitiers, mais les annexes vont bien plus loin, couvrant des produits allant du vin et du mobilier aux textiles, aux machines et à d’autres biens de consommation.

BLG a indiqué que les tarifs s’appuient sur la section 338 du Tariff Act de 1930, une disposition de l’époque de la Grande Dépression qui, selon le cabinet, n’avait jamais auparavant été utilisée pour imposer des droits de douane dans la pratique moderne. Cette loi autorise le président à prélever des droits pouvant atteindre 50 % sur les importations en provenance d’un pays jugé discriminatoire à l’égard du commerce américain.

La Maison Blanche a présenté cette mesure comme une réponse à ce qu’elle qualifie de discrimination canadienne à l’encontre des exportations américaines. BLG a indiqué que la fiche d’information de l’administration relie cette décision à des mesures canadiennes touchant l’automobile, l’alcool et les produits laitiers, y compris des décisions d’autorités provinciales des alcools qui ont retiré les boissons alcoolisées américaines des rayons publics dans le cadre du conflit tarifaire plus large.

Les nouveaux tarifs s’appliqueraient que les marchandises soient ou non considérées comme originaires au titre de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada, ou CUSMA comme on l’appelle au Canada. Il s’agit d’un changement majeur pour les importateurs, car la conformité au CUSMA avait protégé de nombreux produits canadiens des précédentes vagues de droits de douane. Selon BLG, dans le cadre de cette nouvelle mesure, cette protection liée à l’origine ne s’applique pas aux produits visés.

Pour le vin et les autres boissons, ce détail compte. Les importateurs qui s’étaient appuyés sur les règles de l’accord commercial pour éviter des droits supplémentaires pourraient désormais faire face à une hausse directe des coûts si leurs produits relèvent des lignes tarifaires listées. Cela pourrait augmenter les coûts rendus pour le vin canadien et les autres boissons alcoolisées vendus aux États-Unis, peser sur les marges des importateurs et des distributeurs, et imposer des changements en matière de prix, d’approvisionnement et de logistique dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des boissons. L’effet dépendra de la classification finale des produits, des clauses contractuelles et de la capacité des entreprises à faire partir les expéditions avant la date d’entrée en vigueur du 19 août.

BLG a indiqué que les trois proclamations couvrent ensemble environ 20 milliards de dollars américains d’importations canadiennes annuelles, sur la base des chiffres du gouvernement américain. Cela représenterait un peu plus de 5 % des quelque 380 milliards de dollars américains de biens que les acheteurs privés et les autorités publiques américaines achètent chaque année aux exportateurs canadiens.

Cette dernière mesure intervient après près de deux ans de tensions commerciales croissantes. Le conflit actuel a commencé fin 2024 lorsque la nouvelle administration américaine a annoncé son intention d’imposer un tarif de 25 % sur les produits canadiens et mexicains, en lien avec le fentanyl et les préoccupations frontalières. En février 2025, le président Trump a signé un décret imposant des droits de 25 % sur la quasi-totalité des produits canadiens au titre de l’International Emergency Economic Powers Act, avec un taux réduit de 10 % pour certaines ressources énergétiques. Ces droits sont entrés en vigueur le 4 mars 2025, après une suspension temporaire.

Peu après, les marchandises bénéficiant d’un traitement préférentiel au titre du CUSMA ont été exemptées de ces droits. Cette exemption a fait de la certification d’origine une question urgente pour de nombreuses entreprises, car des produits qui entraient souvent auparavant au taux normal de la nation la plus favorisée sans demander de préférence ont soudainement eu besoin de documents pour éviter un droit de 25 %.

Dans le même temps, l’administration a mis en place des droits sectoriels spécifiques au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962 sur l’acier et l’aluminium, les automobiles et leurs pièces, le cuivre, les véhicules moyens et lourds, le bois d’œuvre et le bois de construction, ainsi que les produits pharmaceutiques. BLG a noté que ces mesures relevant de la section 232 ne prévoyaient pas d’exemption permanente pour les marchandises conformes au CUSMA.

En février 2026, la Cour suprême des États-Unis a jugé, dans l’affaire Learning Resources v. Trump, que l’IEEPA n’autorisait pas des droits de douane généralisés sur les importations, invalidant une partie centrale de la structure tarifaire antérieure. BLG a indiqué que cette décision laissait en suspens des questions concernant les remboursements pour les entreprises qui avaient déjà acquitté ces droits. Après cet arrêt, l’administration s’est tournée vers d’autres outils juridiques, notamment des droits temporaires uniformes au titre de la section 122 du Trade Act de 1974 et des mesures ciblées au titre de la section 301.

La section 338 semble désormais être le nouvel instrument de cette séquence. BLG a indiqué qu’elle diffère de la section 301 en ce qu’elle ne requiert pas le même processus d’enquête et de consultation avant l’imposition des droits. La loi comporte également un mécanisme d’escalade plus sévère qu’un simple relèvement du taux tarifaire : si la discrimination est jugée persister ou s’aggraver après l’imposition des droits, elle permet d’exclure purement et simplement les produits de ce pays de l’importation.

Le Canada a déjà répondu aux précédents droits américains par ses propres contre-mesures. Le 4 mars 2025, Ottawa a imposé des droits de rétorsion de 25 % sur 30 milliards de dollars canadiens de marchandises d’origine américaine, y compris des produits alimentaires, du vin, des spiritueux et de la bière, tout en prévoyant une couverture plus large pouvant atteindre 155 milliards de dollars canadiens. Il a ensuite ajouté 29,8 milliards de dollars canadiens de contre-droits liés aux mesures américaines sur l’acier et l’aluminium, et imposé des surtaxes sur certains véhicules et pièces américains non conformes au CUSMA.

Le Canada a également associé ses représailles à des programmes de remise destinés à aider les entreprises lorsque les intrants ne pouvaient pas être approvisionnés sur le marché intérieur ou auprès de fournisseurs non américains, ou lorsque le préjudice économique était grave. BLG a indiqué que ces mesures d’allègement comprenaient un soutien pour les intrants de fabrication, les emballages alimentaires et de boissons, ainsi que les besoins de santé publique.

En septembre 2025, le Canada a supprimé les droits de rétorsion sur les marchandises américaines couvertes par le CUSMA, qui représentaient selon BLG environ 90 % des importations américaines en termes de couverture, tout en maintenant les contre-mesures liées à l’acier, à l’aluminium et à l’automobile. Les régies provinciales des alcools à travers le Canada ont également retiré les boissons alcoolisées américaines des rayons publics, l’une des mesures désormais citées par Washington dans sa proclamation sur l’alcool.

La base juridique de la nouvelle action américaine sera probablement contestée. BLG a soutenu que la section 338 soulève plusieurs questions non résolues, notamment la manière dont la « discrimination » doit être définie dans un système commercial moderne façonné par les règles multilatérales et les accords de libre-échange ; si des contre-mesures licites peuvent être considérées comme de la discrimination au sens d’un texte rédigé en 1930 ; si un rôle quelconque de la Commission du commerce international des États-Unis était requis avant l’action présidentielle ; et si un tarif uniforme de 50 % correspond à l’objectif déclaré de la loi, à savoir compenser le préjudice causé au commerce américain.

BLG a également indiqué qu’il existe un argument selon lequel la section 338 a en pratique été supplantée par des lois commerciales plus récentes, telles que la section 301, qui vise les pratiques étrangères pesant sur le commerce américain mais exige des constatations et des consultations formelles avant toute action.

Les avocats spécialisés en commerce s’attendent à des contentieux devant les tribunaux américains ainsi qu’à des contestations au titre des règles du commerce international. BLG a indiqué que des droits de cette ampleur sur les produits canadiens seraient contraires aux engagements des États-Unis au titre du CUSMA et dépasseraient les taux de droits consolidés au titre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce s’ils étaient appliqués comme décrit. Le Canada a déjà engagé des consultations devant l’Organisation mondiale du commerce au sujet de mesures antérieures et pourrait également recourir au règlement des différends au titre du chapitre 31 du CUSMA.

Il est toutefois peu probable que les recours juridiques arrivent assez vite pour aider les entreprises qui doivent prendre immédiatement des décisions d’expédition pour des livraisons de fin d’été et de début d’automne. Pour les entreprises du secteur des boissons en particulier, le calendrier compte, car les droits s’appliquent en fonction de la mise à la consommation plutôt que de la seule date de commande ou d’expédition. Les marchandises mises à la consommation avant le 19 août échapperaient au nouveau tarif ; celles mises à la consommation après cette date pourraient y être pleinement soumises si elles sont couvertes par les annexes.

Cela crée une pression immédiate pour les importateurs de vin canadien et d’autres boissons vendues aux États-Unis, qui doivent revoir la classification des produits au niveau des lignes tarifaires, accélérer autant que possible les formalités douanières et réexaminer les contrats qui déterminent qui supporte les coûts des droits. Dans la distribution des boissons, où les marges peuvent déjà être faibles et où les prix doivent souvent être fixés des semaines ou des mois avant la livraison, même une incertitude temporaire peut perturber les plans d’achat.

Les exclusions prévues dans les proclamations peuvent limiter certains effets, sans toutefois les éliminer. BLG a indiqué que l’énergie, la potasse, les minéraux critiques, le poisson et les marchandises déjà soumises aux droits de la section 232 sont exclus du traitement au titre de la section 338. Cela signifie que certaines grandes catégories d’exportations canadiennes sont épargnées parce qu’elles sont déjà couvertes ailleurs par des droits existants, et non parce qu’elles ont bénéficié ici d’une mesure de faveur particulière.

Le contexte politique plus large reste tendu. Plus tôt ce mois-ci, lors du premier examen conjoint du CUSMA, les États-Unis ont refusé de renouveler l’accord dans sa forme actuelle, même s’il reste en vigueur pour l’instant. BLG a indiqué que cette décision ouvre des examens annuels successifs jusqu’à l’échéance prévue du pacte en 2036 et fait de chaque nouvelle mesure tarifaire un levier dans les futures négociations.

Pour les entreprises de boissons opérant à l’échelle de l’Amérique du Nord, cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement d’une question douanière, mais aussi d’un problème de planification sans horizon clair pour l’instant. Si elles sont mises en œuvre comme prévu, les nouveaux tarifs pourraient modifier les structures de prix des importations canadiennes de boissons aux États-Unis au moment même où les grossistes et les détaillants préparent leurs stocks pour les périodes de ventes de fin d’année, tout en ajoutant un niveau supplémentaire d’incertitude aux décisions d’approvisionnement transfrontalières dans l’ensemble des circuits de distribution du vin, de la bière et des spiritueux.

La lecture vous a plu ? Partagez-la avec d'autres !