27-07-2026

Le marché mondial du whisky reste dominé par le Scotch en 2026, mais les dernières données montrent une vaste phase d’ajustement dans plusieurs grands pays producteurs, avec des exportations en baisse depuis l’Écosse et les États-Unis, des gains modestes pour le whisky indien et irlandais, et des investissements soutenus à long terme au Japon, même si les volumes exportés restent inférieurs aux sommets atteints auparavant.
Le Scotch demeure l’épine dorsale du commerce international du whisky. En 2025, les exportations de Scotch ont atteint 5,3 milliards de livres sterling et l’équivalent de 1,34 milliard de bouteilles de 70 centilitres, selon les données sectorielles et douanières citées dans la revue de marché. Cela représente une baisse de 1,8 % en valeur et de 4,3 % en volume par rapport à l’année précédente. Les États-Unis sont restés la première destination en valeur, tandis que l’Inde est passée à la troisième place en valeur et à la première en volume. Le rapport indique que le single malt a été plus durement touché que le blended Scotch, un schéma qui correspond à une pression plus large sur les dépenses de luxe et les achats de cadeaux.
Cette répartition est importante, car le Scotch a longtemps reposé à la fois sur un positionnement premium et sur une large distribution mondiale. Une baisse des volumes plus marquée que celle de la valeur suggère que les producteurs continuent de bénéficier des prix et du mix produit, mais pas suffisamment pour compenser l’affaiblissement de la demande sur certains marchés matures. Le rôle plus important de l’Inde aide à amortir une partie de cette faiblesse, surtout à mesure qu’elle devient plus importante pour les expéditions de gros volumes.
Le whisky américain a lui aussi reculé. Les exportations sont tombées à 1,08 milliard de dollars en 2025, en baisse de 19 %. Le recul a été marqué sur plusieurs grands marchés : les exportations vers l’Union européenne ont chuté de 35 %, celles vers le Canada de 57 % et celles vers le Japon de 28 %. À l’inverse, le reste du monde a progressé de 13 %. Une partie du recul en Europe reflète des achats avancés en 2024, lorsque les acheteurs ont accéléré leurs commandes avant une perturbation commerciale attendue. Mais le rapport estime que les niveaux élevés de stocks et la faiblesse des conditions domestiques constituent des problèmes plus structurels pour la catégorie.
Ces chiffres pointent vers un marché qui continue de gérer un excédent de stocks après une période d’expansion agressive et de conditions de commerce international inégales. Même lorsque la demande ne s’est pas effondrée, les distributeurs et les détaillants semblent écouler leurs stocks plus lentement, ce qui limite les nouvelles commandes auprès des producteurs.
Le whisky indien reste la principale force en volume, porté surtout par les marques locales. Selon les données IWSR pour 2025, le whisky indien a progressé de 2 % en volume et de 3 % en valeur, tandis que le marché total du whisky en Inde a augmenté de 4 % en volume. L’ampleur de ce marché continue de faire de l’Inde l’un des récits de croissance les plus importants dans les spiritueux mondiaux. Dans le même temps, le whisky importé se heurte encore à des obstacles qui freinent son expansion, notamment les taxes d’État, une réglementation fragmentée et des systèmes de distribution complexes qui varient selon les régions du pays.
L’Inde offre donc deux histoires à la fois : un immense marché local du whisky en croissance régulière, et une opportunité majeure pour les marques importées qui reste difficile à débloquer rapidement. Pour les producteurs de Scotch en particulier, l’importance de l’Inde augmente non seulement en raison des expéditions actuelles, mais aussi de son potentiel à long terme à mesure que les revenus progressent et que la consommation premium se développe.
Le whisky irlandais a présenté un tableau plus contrasté. Les ventes au consommateur ont progressé de 2 % en volume comme en valeur en 2025 sur les marchés suivis par l’IWSR, malgré une baisse de 3 % aux États-Unis. La croissance en Inde, au Japon et en Pologne a permis de compenser cette faiblesse. Mais les exportations de whisky irlandais ont reculé de 5 % à 930 millions d’euros. L’écart entre les tendances des ventes au consommateur et la performance à l’export suggère des ajustements de circuit, des changements de stocks et des effets de change plutôt qu’une simple baisse de la demande finale.
Cette divergence est importante, car les données d’exportation peuvent à elles seules surestimer la faiblesse lorsque les grossistes ou importateurs réduisent leurs stocks après les avoir constitués plus tôt. Le whisky irlandais semble bénéficier d’une base internationale plus diversifiée que par le passé, même si les expéditions au départ d’Irlande ont été plus faibles sur la période mesurée.
Le whisky japonais reste un segment à forte valeur avec un cycle d’investissement long. Les données WITS montrent des exportations de whisky japonais à 288 millions de dollars et 11,3 millions de litres en 2024, en dessous des précédents sommets. Malgré cela, les producteurs continuent d’augmenter leurs capacités. Nikka s’est engagé à investir 7 milliards de yens dans sa distillerie de Yoichi et prévoit d’accroître ses capacités de stockage et de maturation de 30 % par rapport aux niveaux de 2019.
Cet investissement traduit la conviction que la demande mondiale de whisky japonais restera forte dans le temps, en particulier sur les segments premium. Mais il comporte aussi un risque. Les décisions de production prises aujourd’hui façonneront l’offre dans plusieurs années, et si la demande ralentit ou si les acheteurs premium se replient davantage, les producteurs pourraient être confrontés à une surabondance plus tard dans la décennie.
Le whisky canadien a montré un schéma similaire, combinant une forte échelle et un élan domestique plus faible. WITS a enregistré 219 millions de dollars d’exportations de whisky canadien en 2024. Au Canada même, les ventes de spiritueux ont reculé de 3,2 % au cours de l’exercice 2024/25, à 6,7 milliards de dollars canadiens, selon les données de Statistique Canada citées dans la revue. Le whisky représentait 29,6 % de la valeur totale des spiritueux. La catégorie reste importante en Amérique du Nord, notamment en raison de sa présence aux États-Unis, mais les tendances de consommation intérieure se sont modérées.
Pris ensemble, ces chiffres montrent un secteur mondial du whisky qui n’évolue plus dans une seule direction. Le Scotch reste de loin la première catégorie transfrontalière, mais il expédie moins de bouteilles. Le whisky américain fait face à des distorsions liées au commerce ainsi qu’à une pression sur les stocks, aux États-Unis comme à l’étranger. Le whisky indien continue d’apporter de la croissance en volume grâce aux marques locales, tandis que les acteurs importés se heurtent à des frictions réglementaires. Le whisky irlandais se développe sur un ensemble plus large de marchés, même si les valeurs exportées reculent. Les producteurs japonais continuent d’investir malgré des totaux d’exportation inférieurs aux sommets précédents. Le whisky canadien conserve son échelle, mais fait face à une demande plus lente sur son marché intérieur.
La comparaison entre catégories doit être abordée avec prudence, car les mesures sous-jacentes ne sont pas identiques. Certains chiffres concernent les exportations, d’autres les ventes au consommateur ou les ventes domestiques, et chacun relève d’un périmètre statistique différent selon le pays et la source. Même ainsi, le panorama de juillet 2026 indique un changement net de ton dans l’industrie : moins d’élan que durant les années d’expansion précédentes, davantage d’attention portée aux stocks et à la santé des circuits, et un fossé croissant entre les marchés matures sous pression et des pays comme l’Inde, qui continuent de redessiner l’origine de la future croissance du whisky.
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