Les dirigeants de l’UE veulent durcir les défenses commerciales face aux importations chinoises

24-06-2026

Bruxelles a maintenu le dialogue avec Pékin ouvert alors que s’accentuait l’inquiétude face à un déficit commercial de 360 milliards d’euros et aux risques pesant sur des secteurs clés

Les dirigeants de l’Union européenne réunis à Bruxelles ont convenu de renforcer les défenses commerciales du bloc face à une envolée des exportations chinoises, que les responsables à Bruxelles considèrent comme une menace sérieuse pour certaines branches de l’industrie européenne, tout en laissant la porte ouverte à des discussions avec Pékin.

À l’issue d’un dîner de sommet qui s’est terminé tôt vendredi, un responsable de l’UE a indiqué que les dirigeants avaient demandé à la Commission européenne de poursuivre un « dialogue constructif avec nos principaux partenaires économiques » et d’élargir la boîte à outils de défense commerciale du bloc afin que l’UE dispose de « tous les instruments dont elle a besoin pour défendre ses intérêts et réduire les risques ».

Cette décision reflète une évolution plus large au sein du bloc des 27, où la crainte s’est accrue que l’Europe dépende trop de la Chine et soit donc davantage exposée aux pressions économiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine sur les biens a atteint environ 360 milliards d’euros, soit quelque 413 milliards de dollars, l’an dernier, selon les chiffres cités pendant les discussions.

Si les dirigeants s’accordent largement sur le constat, ils restent divisés sur l’ampleur de la réponse que l’UE devrait apporter. Certains gouvernements veulent des mesures plus fermes, tandis que d’autres appellent à la prudence afin d’éviter un conflit commercial plus large.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a plaidé avant le dîner pour une approche plus pragmatique. « Nous avons besoin d’amis, nous avons besoin de relations équilibrées, nous devons être pragmatiques, et nous devons construire des ponts à la fois avec les grandes économies et avec des alliés potentiels, comme la Chine », a-t-il déclaré aux journalistes, selon l’AFP.

L’une des options à l’étude est un nouveau mécanisme qui permettrait d’instaurer des droits de douane sectoriels dans des domaines tels que la chimie ou les technologies vertes. Le mois dernier, le président français Emmanuel Macron a appelé à un « équivalent européen de la Section 301 », en référence à l’outil commercial américain utilisé par le président Donald Trump pour imposer de vastes droits de douane, affirmant que la « souveraineté » de l’Europe était en jeu.

L’Allemagne, dont l’économie est jugée plus vulnérable aux représailles chinoises, a jusqu’ici adopté une ligne plus prudente. L’Espagne a également cherché à éviter les tensions alors qu’elle sollicite des investissements chinois. Mais Berlin semble se rapprocher de Paris. Un responsable allemand a déclaré que l’Allemagne était ouverte à de nouveaux outils si nécessaire, à condition qu’ils ne soient « pas ciblés sur des destinataires spécifiques ».

Le Premier ministre irlandais Micheál Martin a dit vouloir comprendre « la forme et la nature de tout mécanisme » envisagé et a averti que l’Europe devait être claire quant à leurs conséquences.

Ce débat intervient alors que les gouvernements occidentaux s’inquiètent de plus en plus de la domination chinoise dans des secteurs stratégiques, notamment les terres rares utilisées dans l’électronique. Bruxelles affirme aussi à plusieurs reprises que les entreprises chinoises bénéficient d’une concurrence déloyale en raison d’un fort soutien public. L’Organisation de coopération et de développement économiques a estimé qu’entre 2005 et 2024 les entreprises chinoises ont reçu environ trois à huit fois plus de soutien public que les sociétés des pays de l’OCDE, qualifiant ce chiffre d’« estimation prudente ».

Malgré cela, les responsables européens montrent peu d’appétit pour une guerre commerciale plus large. Le risque de représailles est déjà manifeste pour le secteur des boissons. Après que l’UE a imposé en 2024 des droits de douane plus élevés sur les véhicules électriques chinois, Pékin a répliqué par des droits antidumping sur le cognac européen. Toute extension des outils européens de défense commerciale pourrait donc avoir des conséquences potentielles pour les exportateurs de vin, de spiritueux et d’autres boissons à base de raisin si la Chine répond par de nouvelles restrictions visant des biens de consommation sensibles.

La Chine a également averti qu’elle riposterait si l’UE adoptait des règles qui interdiraient certains produits fabriqués hors du bloc dans les marchés publics.

Maros Sefcovic, le commissaire européen au Commerce, a invité le ministre chinois du Commerce Wang Wentao à Bruxelles plus tard ce mois-ci alors que le bloc tente d’éviter toute nouvelle escalade par le dialogue, même si un responsable européen n’a pas confirmé si cette visite aurait bien lieu.