Les exportations américaines de vin vers le Canada chutent de 91 % en raison d'un différend commercial, ce qui coûte 161 millions de dollars aux producteurs

10-11-2025

Les interdictions provinciales et les droits de douane provoquent une chute historique des ventes, tandis que les établissements vinicoles canadiens gagnent du terrain et que la fidélité des consommateurs locaux augmente.

U.S. Wine Exports to Canada Plunge 91 Percent Amid Trade Dispute, Costing Producers $161 Million

Les exportations de vin américain vers le Canada ont connu une baisse spectaculaire depuis mars 2025, suite à une série de conflits commerciaux entre les deux pays. Selon un rapport récent du Wine Institute, basé à Sacramento, les exportations de vin américain vers le Canada ont chuté de 91 % entre mars et juillet par rapport à la même période de l'année dernière. Le groupe estime que les producteurs américains ont perdu environ 161 millions de dollars en valeur d'exportation depuis le début de l'interdiction.

Le Canada est depuis longtemps un marché crucial pour le vin américain, puisqu'il représentera 36 % des exportations de vin des États-Unis en 2024. La forte baisse des ventes a commencé après que le gouvernement canadien a imposé des droits de douane de rétorsion sur les importations américaines en réponse aux droits de douane placés par le président Donald Trump sur les produits canadiens. En plus des mesures fédérales, plusieurs provinces, dont l'Ontario et le Québec, ont retiré l'alcool américain de leurs magasins d'alcool gérés par le gouvernement.

Le Premier ministre Mark Carney a annoncé en août que le Canada abandonnerait les tarifs douaniers de rétorsion, mais de nombreuses interdictions provinciales restent en place. Les restrictions en cours ont aggravé un boycott plus large des produits américains au Canada, alimenté par les références répétées du président Trump au Canada en tant que "51e État" de l'Amérique. Cette rhétorique a également contribué à une baisse des voyages des Canadiens aux États-Unis.

Les données de la Commission du commerce international des États-Unis montrent que les exportations de vin ont chuté de 73 % d'une année sur l'autre en mars, passant de 34,5 millions de dollars à 9,2 millions de dollars. La situation s'est aggravée au cours du deuxième trimestre, avec une baisse globale de 96 % par rapport à l'année dernière. Les spiritueux américains ont été confrontés à des difficultés similaires ; selon le Distilled Spirits Council of the United States, les exportations de spiritueux vers le Canada ont chuté de 85 % au cours du deuxième trimestre par rapport à l'année précédente.

Le Wine Institute a qualifié la situation de sans précédent, affirmant qu'il n'y avait jamais eu de baisse comparable des ventes de vin dans l'histoire récente. L'organisation a averti que le maintien des restrictions pourrait nuire non seulement aux exportateurs américains, mais aussi aux entreprises canadiennes et aux recettes publiques.

Les dirigeants du secteur ont exprimé leur inquiétude quant à l'impact à long terme sur les deux côtés de la frontière. Chris Swonger, président-directeur général du Distilled Spirits Council, a déclaré en août que le retrait des spiritueux américains des rayons canadiens nuisait aux distillateurs américains et réduisait les recettes des provinces canadiennes. Il a appelé à une coopération renouvelée entre les deux pays.

Alors que les produits américains disparaissent des rayons des magasins, les établissements vinicoles canadiens s'empressent de combler le vide. Narek Nersisyan, vice-président des ventes et du marketing de Holland Marsh Wineries, près de Toronto, a constaté une augmentation de 10 à 15 % du nombre de visiteurs au cours de l'été, car de plus en plus de Canadiens sont à la recherche de vins et d'expériences locales. Les clients s'intéressent de plus en plus aux produits locaux dans le cadre d'un mouvement plus large d'achat local qui a pris de l'ampleur après le début du conflit commercial.

Karl Coutinho, président de Wine Growers Nova Scotia, a déclaré que les établissements vinicoles de sa province ont vu leurs ventes augmenter, mais qu'ils détiennent toujours une plus petite part de leur marché local par rapport à des régions comme la Colombie-Britannique et l'Ontario. Il note que les vins de Nouvelle-Écosse représentent environ 10 % des ventes dans les magasins d'alcool de la province et espère que ce chiffre augmentera au fur et à mesure que les producteurs locaux accroîtront leur capacité.

Jeff Guignard, président de Wine Growers British Columbia, a souligné que les plus grands domaines viticoles de Californie produisent chacun plus de vin que toute la Colombie-Britannique réunie. Les vins américains ayant disparu des rayons, les producteurs canadiens voient une opportunité non seulement d'augmenter les ventes nationales, mais aussi de faire pression pour réduire les obstacles au commerce interprovincial.

Maria Pechurina, directrice du commerce international chez Peacock Tariff Consulting, a déclaré que le Canada pourrait compenser la perte des importations en provenance des États-Unis en augmentant ses achats en Europe ou en se développant sur les marchés asiatiques tels que la Chine et la Corée du Sud. Elle a fait remarquer que si le Canada est le premier client des États-Unis pour les exportations de vin, la France et l'Italie sont de plus gros fournisseurs du Canada que les États-Unis.

Les entreprises vinicoles canadiennes cherchent également des moyens de conserver les nouveaux clients acquis au cours de cette période. Certains travaillent directement avec des restaurants locaux ou développent l'adhésion à des clubs de vin afin de fidéliser leur clientèle au-delà de l'impasse commerciale actuelle.

Les dirigeants de l'industrie affirment qu'ils ne sont pas opposés au retour des vins américains, mais espèrent que les consommateurs canadiens continueront à soutenir les producteurs locaux même lorsque les produits américains réapparaîtront sur les étagères. Pour l'heure, en l'absence de date précise pour la fin des interdictions provinciales et en raison de l'incertitude persistante qui entoure la politique commerciale, les exportateurs américains et les entreprises canadiennes suivent de près l'évolution de ce changement sans précédent qui continue de remodeler le marché du vin en Amérique du Nord.