La France a perdu 37 % de ses pépinières viticoles depuis 2010, faisant craindre pour le renouvellement du vignoble

La filière prévoit 20 millions de plants invendus en 2026, accentuant la pression sur les fournisseurs essentiels au renouvellement des vignes et aux nouveaux cépages.

vendredi 16 octobre 2026

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La France a perdu 37 % de ses pépinières viticoles depuis 2010, faisant craindre pour le renouvellement du vignoble

Les pépiniéristes viticoles français alertent sur le risque qu’un recul durable de leur nombre, conjugué à l’incertitude entourant la demande de nouveaux plants, fragilise un maillon essentiel de la filière viticole du pays et complique le renouvellement des vignobles dans les années à venir.

Les données publiques citées par la publication viticole française Vinabox montrent que le nombre de pépinières viticoles en France a diminué de 37 % entre 2010 et 2025, selon les chiffres présentés par FranceAgriMer lors d’un congrès de la filière en octobre 2025. Un rapport distinct du Sénat, fondé sur les données de la fédération professionnelle, dénombrait 407 producteurs en 2024, contre 546 en 2016, soit une baisse d’environ 25 % en huit ans.

Cette alerte intervient alors que certaines régions viticoles françaises réduisent leurs surfaces en raison de la faiblesse de la demande et des difficultés économiques, tandis que de nombreux vignobles doivent encore remplacer des vignes vieillissantes ou en déclin. L’enjeu n’est pas que toutes les régions aient besoin de nouvelles plantations dès maintenant, mais la diminution du nombre de pépinières pourrait limiter la capacité de la filière à fournir les plants adaptés lorsque les viticulteurs en auront besoin.

Pour la filière des boissons, la question dépasse le seul cadre agricole. Les pépinières viticoles fournissent les plants nécessaires au renouvellement des vignobles, à l’introduction de différents cépages et à l’adaptation des vignes aux maladies et au changement climatique. Si cette base d’approvisionnement devient moins stable, elle pourrait, à terme, influer sur la diversité des raisins disponibles pour les producteurs de vin et sur le rythme de replantation ou de conversion des vignobles.

L’alerte la plus forte à court terme porte sur les plants invendus, mais ce chiffre reste une prévision et non un bilan définitif. Dans une question écrite adressée au gouvernement français en avril 2026, le sénateur Cédric Vial a relayé les estimations de la profession, selon lesquelles au moins 20 millions de plants de vigne pourraient rester invendus au cours de la campagne 2026. Le même texte faisait état de 50 millions de plants invendus au cours des trois années précédentes. Vinabox a précisé que le chiffre de 2026 devait être considéré comme une prévision de la filière présentée au Sénat, et non comme un décompte confirmé en fin de campagne. Selon la publication, la question écrite figurait toujours parmi celles dans l’attente d’une réponse du gouvernement au moment de la consultation.

Cette distinction est importante, car le nombre de plants invendus ne permet pas à lui seul de savoir combien de vignobles pourraient ensuite être confrontés à des pénuries. Les conséquences dépendront de la quantité de plants encore utilisables, de l’évolution des commandes et des choix de plantation des viticulteurs. La prévision met néanmoins en évidence la pression financière qui pèse sur les pépiniéristes, dont beaucoup doivent mobiliser de la main-d’œuvre et du matériel bien avant que toutes les décisions de plantation soient arrêtées.

Les pépinières viticoles suivent un calendrier biologique qui ne coïncide pas toujours avec les décisions commerciales des domaines. Les producteurs préparent les porte-greffes, les greffons et les jeunes plants greffés plusieurs mois à l’avance. Si un projet de plantation est retardé ou annulé, une grande partie du travail a déjà été effectuée. Un jeune plant de vigne ne peut pas simplement être remis en stock pour être vendu plus tard, comme pourrait l’être un produit manufacturé classique. L’activité des pépinières est donc particulièrement exposée aux changements des projets de plantation.

Le rapport du Sénat sur l’avenir de la viticulture française décrit les pépinières comme le premier maillon de la chaîne qui permet de créer ou de renouveler les vignobles. Il souligne également un autre enjeu stratégique : le développement des cépages résistants. Même lorsqu’un nouveau cépage est approuvé par les autorités de régulation et soutenu par les viticulteurs, son introduction dans les vignobles ne peut être rapide si les pépinières ne disposent pas des capacités nécessaires pour multiplier et distribuer les plants.

Cette question a pris de l’importance à mesure que les producteurs français cherchent à adapter leurs vignobles à la hausse des températures, au stress hydrique et aux risques de maladies. Les nouveaux cépages et les différents porte-greffes sont souvent présentés comme faisant partie de la réponse, mais leur adoption suppose un secteur pépiniériste capable de produire à grande échelle des plants sains et certifiés. La baisse du nombre de pépinières ne signifie pas automatiquement une qualité moindre ni une pénurie immédiate, mais elle peut réduire la souplesse du système.

Le chiffre de 37 % avancé par FranceAgriMer et le décompte de 407 producteurs en 2024 figurant dans le rapport du Sénat mesurent le nombre de professionnels actifs dans la filière du bois et des plants de vigne. Ils ne mesurent pas la qualité des plants produits et ne désignent pas le nombre total de domaines viticoles. Ces deux séries de données vont néanmoins dans le même sens : la contraction durable du secteur des pépinières.

Ces chiffres contribuent également à éclairer les tensions auxquelles est actuellement confrontée la filière viticole française. Dans certaines zones, les pouvoirs publics ont soutenu l’arrachage de vignes afin de réduire la surproduction. Dans le même temps, tous les vignobles ne peuvent pas reporter leur renouvellement. Les vieilles vignes déclinent, les maladies peuvent endommager des parcelles et certains viticulteurs souhaitent replanter des cépages mieux adaptés aux conditions à venir. Ces besoins ne disparaissent pas simplement parce que les surfaces diminuent dans d’autres régions.

La question centrale est donc moins de savoir s’il faut planter davantage partout que de préserver une capacité pépiniériste suffisante pour répondre aux besoins de replantation. Si le nombre de pépiniéristes continue de baisser, les viticulteurs pourraient avoir moins de choix en matière de plants ou devoir attendre plus longtemps pour renouveler leurs parcelles. Les domaines indépendants et de plus petite taille pourraient être particulièrement exposés si l’offre se resserre ou se concentre entre les mains d’un nombre réduit de producteurs.

Les producteurs de vin français réévaluent également la nécessité de remplacer immédiatement chaque pied manquant ou affaibli. Dans certains cas, les viticulteurs cherchent à conserver plus longtemps leurs vieilles parcelles plutôt que de procéder directement à une replantation, un choix influencé par les coûts, le calendrier et l’incertitude entourant l’évolution du marché. Cela ne supprime pas le besoin de pépinières, mais montre comment les pressions économiques modifient les décisions prises sur le terrain.

Il faudra attendre les données publiées après la campagne pour y voir plus clair. Afin d’évaluer l’ampleur du problème, la filière devra disposer d’un bilan définitif du nombre de plants effectivement vendus, dont la vente a été reportée ou qui ont été détruits pendant la campagne 2026, ainsi que de chiffres actualisés sur le nombre de pépinières encore en activité. D’ici là, les 20 millions de plants restent un signal d’alerte de la filière, et non un résultat confirmé, tandis que le recul à long terme du nombre de pépinières viticoles françaises est déjà documenté dans les données publiques.

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