Les viticulteurs français protestent contre les nouvelles limites imposées aux traitements de la vigne à base de cuivre

02-03-2026

Les producteurs biologiques avertissent que des règles plus strictes pourraient les contraindre à abandonner des pratiques durables alors que le changement climatique accroît les risques de maladie.

Les viticulteurs français s'inquiètent des nouvelles restrictions imposées aux produits à base de cuivre, qui constituent la pierre angulaire de la gestion des vignobles depuis 150 ans. Pierre-Henri Cosyns, viticulteur et représentant de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB), a déclaré aux journalistes que le secteur avait déjà réduit de moitié son utilisation de cuivre au cours des deux dernières décennies. Malgré ces efforts, des changements réglementaires sont sur le point d'avoir un impact sur leur travail.

En juillet, l'Anses, l'agence sanitaire française, a annoncé que 17 produits contenant du cuivre ne seraient pas réautorisés sur le marché, les fabricants n'ayant pas fourni les documents requis. Cette décision prendra effet en 2027. Seuls deux produits ont été réautorisés, mais avec des conditions d'utilisation plus strictes. Dix autres produits à base de cuivre restent disponibles, tandis que sept autres attendent d'être examinés par l'agence sanitaire italienne avant que l'Anses ne prenne une décision finale.

Les viticulteurs s'inquiètent de perdre l'accès à une gamme complète de traitements à base de cuivre et critiquent les nouvelles restrictions, en particulier celles qui limitent la fréquence d'application à une fois tous les sept jours. Le cuivre est la substance naturelle la plus utilisée pour lutter contre le mildiou, une maladie fongique persistante dans les vignobles qui devient particulièrement problématique lors des années humides.

Le changement climatique ne fait qu'aggraver la situation des vignobles français. Bernard Farges, du Comité national des interprofessions viticoles (CNIV), a déclaré que l'augmentation de l'humidité due au changement climatique signifie que les viticulteurs ont besoin de plus de cuivre, et non de moins. Il a qualifié les nouvelles règles de "punition incompréhensible", d'autant plus que le secteur est confronté à des défis économiques et a fait des efforts pour réduire les intrants chimiques.

M. Cosyns a averti que ces restrictions pourraient conduire certains viticulteurs biologiques, qui exploitent actuellement 20 % du vignoble français, à abandonner complètement les pratiques biologiques. La FNAB, France Vin Bio et la Confédération nationale des producteurs de vins d'appellation d'origine contrôlée (CNAOC) appellent les pouvoirs publics à leur soutien et envisagent de s'associer aux actions en justice engagées par les fabricants de produits.

L'Anses rappelle que le cuivre est un oligo-élément essentiel mais qu'il peut être toxique au-delà de certaines concentrations. Charlotte Grastilleur, directrice générale adjointe de l'Anses, explique qu'il existe des valeurs toxicologiques de référence établies et que l'objectif de l'agence est d'évaluer si ces limites sont dépassées par inhalation, contact cutané ou ingestion par les consommateurs. Elle a noté que les fabricants n'avaient pas fourni toutes les informations nécessaires concernant la conformité, les limites de résidus et l'exposition des travailleurs, mais a indiqué qu'ils pouvaient soumettre des données supplémentaires pour examen.

Le débat met en évidence les tensions actuelles entre les réglementations en matière de sécurité environnementale et les besoins pratiques des producteurs agricoles confrontés à la fois aux pressions économiques et aux défis liés au climat. L'issue de ce débat aura une incidence non seulement sur la manière dont les vignobles français gèrent les maladies, mais aussi sur l'orientation future de la production de vin biologique dans l'un des principaux pays producteurs de vin au monde.