20-05-2026
Les producteurs canadiens de vin se montrent peu enclins à voir l’alcool américain revenir en rayon, estimant que l’interdiction a fortement dopé les ventes domestiques et modifié les habitudes d’achat d’une manière qui pourrait durer des années.
Lors d’un salon professionnel à Londres, mardi, des producteurs et des responsables du secteur ont indiqué s’attendre à ce que les restrictions canadiennes sur l’alcool fabriqué aux États-Unis restent en vigueur encore au moins un à trois ans, et peut-être davantage, à moins que Washington ne supprime les droits de douane qui ont contribué à déclencher le différend. L’interdiction a commencé le 4 février 2025, après une montée des tensions entre les deux pays autour de mesures commerciales.
Janet Dorozynski, responsable du secteur des boissons alcoolisées au sein du service des délégués commerciaux du Canada, a qualifié cette politique de « petit acte continu de résistance des consommateurs » et a estimé que son effet sur les vignobles canadiens avait été « tout à fait considérable ». Elle a indiqué que les ventes en Ontario avaient augmenté d’environ 60 % depuis le début de l’interdiction, tandis qu’au Québec la hausse atteignait environ 40 %.
Ce basculement a été particulièrement significatif pour les producteurs qui dépendaient autrefois des vins californiens comme principal concurrent. Selon Dorozynski, de nombreux consommateurs canadiens qui achetaient auparavant des bouteilles américaines essaient désormais des vins de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, et y trouvent une qualité comparable à des prix similaires. À ses yeux, certains acheteurs constatent qu’ils ne regrettent pas autant le vin californien qu’ils l’avaient imaginé.
L’interdiction a également eu un impact mesurable au sud de la frontière. Le Wine Institute en Californie a indiqué que la perte d’accès au marché canadien avait amputé les exportations américaines de 357 millions de dollars US en un peu plus d’un an, qualifiant cela de plus grave perturbation annuelle unique jamais enregistrée dans l’histoire du commerce viticole américain.
Pour certains domaines canadiens, le calendrier n’aurait pas pu être meilleur. Norman Hardie, du Norman Hardie Winery dans le comté de Prince Edward, en Ontario, a déclaré que les améliorations qualitatives observées dans les régions viticoles canadiennes avaient permis aux producteurs nationaux d’absorber une demande qui serait autrement allée vers des étiquettes américaines. Il a dit ne pas s’attendre à ce que les consommateurs reviennent rapidement au vin américain, même si l’interdiction était levée.
Andrea Peters, directrice principale des relations publiques pour Wines of Ontario, a indiqué que de nombreux producteurs accordent désormais davantage d’importance aux ventes intérieures, la demande ayant fortement progressé. Elle a précisé que les domaines qui exportent déjà sont toujours en mesure d’honorer ces engagements, mais que les plus petits producteurs artisanaux profitent du moment pour élargir leur présence sur le marché intérieur et via les ventes au caveau.
Cette politique pourrait devenir encore plus importante si le Canada avance vers une libéralisation plus large des ventes interprovinciales d’alcool dans le cadre du Free Trade and Labour Mobility in Canada Act. Le gouvernement fédéral n’a pas respecté sa propre échéance du 1er mai, mais les provinces ont signé des protocoles d’accord permettant aux consommateurs de commander directement auprès de producteurs d’autres provinces du vin, des spiritueux et de la bière pour usage personnel. L’Ontario représente à elle seule environ 62 % de la production totale de vin au Canada et a signé des accords réciproques avec huit autres provinces.
Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, a déclaré que l’alcool américain ne reviendrait pas en rayon tant que les États-Unis n’auront pas supprimé leurs droits de douane. Cette position laisse penser que le différend pourrait rester sans issue pendant des années, les producteurs canadiens continuant à bénéficier de ce que plusieurs ont décrit comme un changement durable du comportement des consommateurs.
Carolyn Hurst, présidente et cofondatrice de Westcott Vineyards en Ontario, a indiqué que les commandes de son domaine avaient été multipliées par six depuis l’annonce de droits de douane américains plus élevés. Elle a ajouté que les clients passés du Chardonnay californien aux vins ontariens continuaient à acheter régulièrement et pourraient ne pas revenir même si les produits américains faisaient leur retour.
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