Bordeaux sous pression à l’ouverture de la campagne en primeur

15-04-2026

Liv-ex estime que la baisse des prix et la faiblesse de la demande ont ébranlé la confiance dans les ventes phares de la région.

La campagne annuelle des en primeur de Bordeaux s’ouvre ce printemps sous pression, alors que le marché des grands vins montre les premiers signes de stabilisation, tout en restant lesté par plusieurs années de baisse des prix, de demande atone des collectionneurs et de confiance mise à mal entre acheteurs et producteurs.

Liv-ex, la place de marché londonienne des grands vins, indique dans un nouveau rapport que les en primeur bordelais ont atteint un point critique, nombre de vins mis en marché ces dernières années étant passés sous leur prix de lancement sur le marché secondaire. Cette tendance a conduit collectionneurs, négociants et négociants à s’interroger sur la capacité du système à perdurer dans sa forme actuelle. La campagne, qui servait autrefois בעיקר à apporter des liquidités aux châteaux avant la mise en bouteille, constitue désormais un test majeur de confiance dans Bordeaux lui-même.

Le rapport précise que les ventes aux collectionneurs ont fortement reculé l’an dernier, plusieurs membres de Liv-ex faisant état de baisses supérieures à 50 %. Même lorsque les châteaux ont abaissé leurs prix, ces réductions n’ont souvent pas suffi à compenser le repli plus large du marché. Les acheteurs se disent également frustrés par ce qu’ils perçoivent comme des erreurs répétées de tarification sur les millésimes précédents et par la réticence des producteurs à reconnaître que les vins plus anciens sont souvent disponibles à des prix inférieurs sur le marché.

Cette frustration est particulièrement visible autour du millésime 2024, que Liv-ex décrit comme d’un rapport qualité-prix inhabituellement intéressant mais toujours largement disponible. Les années précédentes, un vin comme Château Lafite Rothschild proposé à un prix de sortie bas se serait probablement vendu rapidement. Cette fois, les acheteurs se montrent plus prudents, reflet d’une perte plus générale de confiance dans la tarification en primeur.

Le rapport indique que la campagne végétative 2025 a été marquée par un stress hydrique, qui a réduit les volumes. Les chiffres officiels de rendement n’ont pas encore été publiés, mais Liv-ex estime qu’une production plus faible pourrait pousser les châteaux à relever leurs prix, surtout si les critiques et les acheteurs professionnels attribuent au millésime de bonnes notes. Cela créerait un équilibre délicat : d’un côté, des coûts par bouteille plus élevés pour les producteurs ; de l’autre, un marché qui reste sensible aux prix excessifs.

Le marché plus large des grands vins montre quelques signes de reprise après trois années consécutives de baisse. Liv-ex indique que son indice Burgundy 150 se rapproche de son pic de 2018, tandis que le Champagne 50 est revenu sur sa tendance de long terme. L’indice Bordeaux 500 se situe au-dessus de ses pics de 2012-2014 et semble entrer dans une phase d’évolution latérale plutôt que dans une dynamique marquée de hausse ou de baisse. Une telle stabilité pourrait aider à restaurer la confiance, mais elle ne garantit pas une demande plus forte pour les nouvelles sorties.

Bordeaux domine toujours le marché secondaire en valeur échangée, mais sa part s’est érodée au fil du temps. Liv-ex précise que Bordeaux représentait une part bien plus importante de la valeur hebdomadaire échangée au début des années 2000 qu’aujourd’hui. Sa part a reculé régulièrement de 2010 à 2021 avant de se stabiliser entre 30 % et 40 %. Désormais, une part hebdomadaire supérieure à 40 % attire l’attention, alors qu’elle aurait autrefois été jugée faible.

Les comportements d’achat évoluent eux aussi. Des données Wine-Searcher citées par Liv-ex montrent une récente hausse des recherches américaines sur Bordeaux, et les acheteurs américains ont accru leur part des dépenses consacrées à la région au cours des six derniers mois. Malgré cela, les valeurs globales des échanges restent inférieures aux niveaux du début 2025 dans la plupart des zones d’achat. Liv-ex estime que les droits de douane restent l’une des raisons pour lesquelles les acheteurs américains ne devraient pas revenir massivement aux en primeur cette année. Avec des droits fixés à 15 %, les négociants peuvent plus facilement planifier des expéditions physiques que des achats à terme comportant davantage de risques et d’incertitudes.

Les mouvements de change pourraient apporter un certain soutien aux exportateurs. Un euro plus faible face à la livre sterling et au dollar améliore le pouvoir d’achat des acheteurs britanniques et américains. Si les banques centrales continuent d’évoluer dans des directions différentes en matière de taux d’intérêt, cela pourrait encore renforcer la position tarifaire de Bordeaux sur les marchés export.

Liv-ex avertit toutefois qu’une tentative des châteaux de pousser les prix trop haut pourrait se retourner contre eux. Le rapport souligne que nombre de millésimes récents restent stockés dans des entrepôts déjà bien garnis et qu’une nouvelle sortie mal calibrée pourrait laisser même d’excellents vins 2025 côtoyer des stocks invendus des années précédentes. Pour l’heure, le marché semble prêt à renouer avec Bordeaux uniquement si la tarification reflète les conditions actuelles plutôt que les attentes passées.