08-06-2026
L’Italie a mis en place un cadre pénal plus sévère contre la fraude alimentaire, avec des sanctions renforcées pour la contrefaçon des noms protégés de produits alimentaires et de vins, dans le cadre d’une loi entrée en vigueur le 29 mai et destinée à protéger le secteur agroalimentaire du pays contre des formes d’abus plus organisées.
La mesure, la loi n° 75 du 21 avril 2026, a été publiée au Journal officiel italien le 14 mai et est entrée en vigueur après le délai d’attente habituel. Un rapport juridique publié par l’Office du Massimario, un service de recherche rattaché à la Cour suprême de cassation italienne, a examiné les principales modifications substantielles et procédurales apportées par la loi. Celle-ci réorganise les sanctions dans l’ensemble des règles pénales et administratives applicables aux produits alimentaires italiens et reflète une évolution plus large de la manière dont les législateurs appréhendent la fraude dans ce secteur.
Selon le texte examiné dans le rapport, la réforme part du constat que le système italien précédent ne correspondait plus à la réalité de la criminalité agroalimentaire moderne. Les anciennes règles étaient construites autour de l’image d’un opérateur isolé adultérant des marchandises et trompant les consommateurs. La nouvelle loi vise au contraire des comportements menés à grande échelle, de manière stable et systématique, souvent dans le cadre d’une activité commerciale. Cela compte pour les producteurs de vin, d’huile d’olive, de fromage et d’autres biens vendus sous des systèmes d’origine protégée, car ces secteurs dépendent fortement de la traçabilité, de l’intégrité de l’étiquetage et de la protection juridique des noms géographiques.
Au cœur de la réforme figure une réécriture de certaines parties du code pénal. L’Italie a créé une nouvelle section consacrée aux crimes contre ce que la loi appelle le « patrimoine agroalimentaire », conférant pour la première fois à cet intérêt un statut juridique autonome au sein du code pénal. En pratique, cela signifie que les législateurs traitent désormais l’atteinte à l’identité alimentaire italienne, aux allégations d’origine et à l’intégrité de la production comme une catégorie distincte plutôt que comme une simple sous-catégorie de fraude commerciale générale.
Parmi les changements les plus importants figure l’introduction d’une nouvelle infraction de « fraude alimentaire » et d’une autre infraction couvrant le commerce d’aliments portant des signes trompeurs. La loi révise également les dispositions existantes relatives aux dénominations et indications protégées. Pour les producteurs et exportateurs, en particulier dans le vin, un point clé est le traitement plus sévère de la contrefaçon impliquant des produits DOP et IGP, les dispositifs italiens et européens de qualité qui protègent les appellations d’origine et les indications géographiques.
Le résumé de suivi lié à l’examen juridique indique que les peines pour contrefaçon de produits IGP et DOP ont été relevées à des peines d’emprisonnement allant d’un à quatre ans, assorties d’amendes comprises entre 10 000 € et 50 000 €. Ces catégories sont centrales pour le vin italien, car nombre d’appellations reposent sur des systèmes de dénomination protégée qui définissent l’origine des raisins, les méthodes d’élaboration des vins et l’usage autorisé des étiquettes sur les marchés intérieur et export.
La réforme supprime également certaines infractions anciennes et les remplace par des dispositions que les législateurs jugent apparemment mieux adaptées aux pratiques actuelles du marché. Le délit consistant à vendre comme authentiques des substances alimentaires non authentiques a été abrogé, tout comme un article antérieur du code pénal lié à la tromperie commerciale en matière alimentaire. D’autres dispositions ont été modifiées plutôt qu’éliminées, notamment celles relatives à l’usage faux ou impropre des noms protégés.
Le rapport juridique décrit un ensemble plus large allant au-delà du droit pénal substantiel. Sur le plan procédural, il relève des changements touchant aux inspections, aux prélèvements lors des opérations de contrôle, aux règles de saisie, à la collecte des preuves et aux écoutes téléphoniques dans les enquêtes concernées. Il mentionne aussi des révisions concernant les opérations sous couverture et les procédures probatoires. Ces outils suggèrent que les procureurs et enquêteurs disposeront de voies plus larges ou plus claires pour traiter des affaires complexes impliquant chaînes d’approvisionnement, systèmes d’étiquetage et comportements commerciaux organisés.
Un autre volet de la réforme concerne les marchandises saisies. Le rapport indique que les règles relatives à l’affectation éventuelle à des fins caritatives des produits alimentaires confisqués ou saisis ont été mises à jour. Il traite également du devenir des véhicules, navires et aéronefs saisis inscrits dans les registres publics. Ces dispositions montrent que les législateurs cherchent non seulement à sanctionner, mais aussi à encadrer la logistique de l’exécution une fois que les marchandises ou moyens de transport sont placés sous main de justice.
La loi renforce en outre les peines accessoires et les mesures de confiscation, y compris la confiscation obligatoire et la confiscation par équivalent dans certains cas. Elle actualise aussi les règles relatives à la responsabilité des personnes morales, un point important pour les entreprises agroalimentaires car nombre d’affaires de fraude impliquent des structures sociétaires plutôt que des individus isolés. Ce changement pourrait accroître la pression en matière de conformité sur les producteurs, embouteilleurs, distributeurs et négociants opérant dans des catégories sensibles telles que les vins d’appellation et les aliments régionaux certifiés.
Pour le secteur vitivinicole italien, l’importance dépasse le seul langage judiciaire. Les noms protégés comptent parmi les principaux actifs économiques du secteur, surtout pour les bouteilles vendues à l’étranger à prix premium. La fraude fondée sur de fausses allégations d’origine ou sur des signes trompeurs peut nuire aux producteurs comme aux consommateurs en affaiblissant la confiance dans des étiquettes qui signalent provenance et normes de production. Un régime pénal plus strict pourrait donc avoir une incidence sur la manière dont les domaines documentent leurs approvisionnements, tiennent leurs registres, supervisent la mise en bouteille et présentent leurs allégations d’appellation sur l’emballage.
La réforme intervient aussi alors que les marchés européens du vin et de l’alimentation restent confrontés à des inquiétudes persistantes concernant des produits contrefaits vendus en ligne ou via des circuits transfrontaliers. En présentant la criminalité agroalimentaire comme une activité commerciale systématique plutôt qu’un comportement ponctuel fautif, l’Italie signale qu’elle considère les fausses allégations d’appellation comme partie intégrante d’une menace économique plus large liée à la valeur des marques, aux systèmes de production ruraux et à la crédibilité à l’export.
Le rapport de l’Office du Massimario ne crée pas lui-même le droit, mais il est influent car il aide juges et praticiens du droit à interpréter une nouvelle législation. Son examen détaille à la fois les questions transitoires et opérationnelles soulevées par la réforme, notamment la manière dont anciennes et nouvelles dispositions interagissent dans le temps. Cela comptera lorsque les tribunaux commenceront à appliquer le nouveau cadre à des faits intervenus avant et après le 29 mai.
Pour les producteurs relevant de catégories réglementées telles que DOC, DOCG, DOP et IGP pour les vins et aliments, l’effet immédiat sera probablement une attention accrue portée aux systèmes de conformité et aux contrôles d’étiquetage. Pour les autorités chargées de l’application du droit, la loi fournit un ensemble plus structuré d’infractions adaptées à la fraude agroalimentaire moderne. Et pour l’économie alimentaire italienne au sens large, elle marque un choix politique clair : considérer les atteintes aux allégations d’origine et à l’authenticité des produits non pas simplement comme une tromperie envers le consommateur, mais comme des infractions portant atteinte à un actif agroalimentaire national bénéficiant d’une protection juridique propre.
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