04-06-2026
Un arrêt de la plus haute juridiction de l’Union européenne a renforcé l’interdiction stricte des allégations liées à la santé pour les boissons alcoolisées titrant plus de 1,2 % d’alcool par volume, une norme qui s’applique non seulement au vin mais aussi à la bière vendue et commercialisée dans l’ensemble du bloc.
L’affaire, rapportée par la publication allemande spécialisée Weinkenner, portait sur une étiquette de vin décrivant le produit comme « bekömmlich », un terme allemand souvent traduit par « digestible », « facile à digérer » ou « sain ». La Cour de justice de l’Union européenne a estimé qu’une telle formulation ne pouvait figurer sur l’étiquette d’un vin, car le droit de l’UE interdit largement, depuis 2006, les allégations santé sur les boissons contenant plus de 1,2 % d’alcool par volume.
Le litige a commencé après que les autorités allemandes ont contesté l’étiquetage utilisé par Deutsches Weintor, une coopérative de la région du Palatinat, pour sa gamme de vins « Edition mild ». Selon le reportage, l’étiquette mentionnait une acidité agréable et indiquait que le vin était « bekömmlich ». Le producteur soutenait que ce terme renvoyait uniquement à la faible acidité du vin et ne constituait pas une allégation santé.
Les juges européens ont rejeté cet argument. À leurs yeux, même suggérer qu’un vin est plus facile à tolérer en raison d’une acidité plus faible implique un effet physiologique positif, notamment sur la digestion. La Cour a également estimé qu’une telle formulation peut occulter les risques connus liés à une consommation régulière ou excessive d’alcool. Pour les régulateurs, cela suffisait à faire entrer le terme dans la catégorie des messages sanitaires interdits.
Cette décision dépasse le seul secteur viticole, car le cadre juridique couvre toutes les boissons alcoolisées au-delà du seuil de 1,2 %. Cela inclut la plupart des bières vendues en Europe. Pour les brasseurs, importateurs et détaillants, l’arrêt souligne qu’un langage suggérant un meilleur confort digestif, un impact moindre sur l’organisme ou d’autres bénéfices bien-être peut déclencher une action réglementaire s’il apparaît sur les étiquettes, dans la publicité ou dans les supports de vente en ligne.
L’affaire faisait suite à des décisions antérieures de juridictions allemandes inférieures, qui avaient déjà confirmé une objection des autorités de contrôle du vin en Rhénanie-Palatinat. La Cour de l’UE a ensuite rejeté la plainte du producteur, confirmant l’interprétation retenue par ces juridictions et renforçant les lignes directrices d’application pour les régulateurs nationaux.
Des responsables régionaux allemands ont salué cette décision à l’époque, selon Weinkenner. Le producteur a indiqué qu’il entendait poursuivre son combat judiciaire devant le Tribunal administratif fédéral allemand à Leipzig. Le reportage précisait également que la coopérative avait continué à utiliser massivement le terme contesté dans ses brochures, ses supports promotionnels et sur internet.
Pour le secteur brassicole, l’effet pratique est clair. Toute formulation suggérant qu’une bière est plus douce pour la digestion, plus facile à métaboliser par l’organisme ou autrement bénéfique pour la santé peut être considérée comme une allégation santé non autorisée au regard du droit européen si le produit dépasse 1,2 % d’alcool par volume. Cela crée des risques de conformité pour les brasseries qui utilisent des descriptifs traditionnels, un positionnement faible en acidité ou un langage marketing proche du bien-être.
Cette décision intervient aussi dans un contexte où l’étiquetage des boissons alcoolisées fait l’objet d’un examen plus large en Europe. Les régulateurs de toute la région accordent une attention accrue à la manière dont les producteurs présentent les produits faiblement alcoolisés, les styles plus légers et les boissons commercialisées autour de la modération. Si les producteurs cherchent souvent à distinguer ces produits par des caractéristiques sensorielles comme la douceur ou la légèreté, les tribunaux et les autorités ont montré qu’ils interviendraient lorsque ces descriptions glissent vers des bénéfices implicites pour la santé.
Cette frontière est particulièrement importante pour les brasseurs, car nombre d’expressions marketing courantes peuvent dériver vers des allégations sur les effets corporels. Des termes suggérant qu’une bière est « facile », « légère pour l’estomac » ou mieux tolérée après consommation peuvent sembler anodins du point de vue du branding, mais au regard du droit européen ils peuvent être interprétés comme promettant un résultat physiologique favorable. Le raisonnement de la Cour laisse entendre que les régulateurs examineront non seulement le langage médical explicite, mais aussi les suggestions indirectes que les consommateurs peuvent lire comme liées à la santé.
Cette décision rappelle aussi qu’en Europe, les producteurs d’alcool sont soumis à des limites plus strictes que nombre d’autres entreprises agroalimentaires lorsqu’ils décrivent les caractéristiques d’un produit. Une brasserie peut toujours évoquer le goût, l’amertume, le corps ou le mode de brassage ; mais dès lors que le message laisse entendre que la consommation du produit présente un avantage pour la santé ou réduit les effets nocifs liés à l’alcool, il entre dans une zone juridiquement sensible.
Même si le litige initial concernait le vin et remonte à plusieurs années, sa portée reste actuelle pour les brasseurs opérant sur les marchés de l’UE ou exportant vers ceux-ci. L’examen des étiquettes, l’approbation des textes publicitaires et les descriptions destinées au commerce électronique relèvent tous du même environnement réglementaire. Les entreprises qui utilisent des traductions marketing dans plusieurs pays peuvent être exposées à un risque accru si certains termes locaux véhiculent des connotations bien-être allant au-delà du goût ou de la texture.
Pour les consommateurs, cette décision reflète une approche de santé publique qui traite l’alcool différemment des aliments emballés ordinaires. Pour les producteurs, en particulier dans la bière, c’est un avertissement : même un langage descriptif familier peut être jugé comme une allégation santé illicite lorsqu’il est associé à des boissons titrant plus de 1,2 % d’alcool par volume.
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