Un législateur français propose un projet de loi visant à donner aux viticulteurs plus de poids dans l'aménagement urbain

30-01-2026

La législation protégerait les horaires de travail dans les vignobles en les adaptant au changement climatique et renforcerait le rôle des viticulteurs dans les décisions relatives à l'utilisation des terres au niveau local.

Une nouvelle proposition de loi française vise à résoudre les tensions actuelles entre les exploitations viticoles et les habitants des villages voisins, en particulier dans les régions où les zones agricoles et résidentielles sont étroitement imbriquées. Le 26 janvier, le législateur alsacien Hubert Ott a soumis à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à donner aux viticulteurs une voix plus forte dans les décisions d'urbanisme locales et à protéger leur capacité à adapter les horaires de travail en réponse au changement climatique.

Cette proposition intervient alors que les producteurs de vin et les habitants des zones rurales s'inquiètent de plus en plus de l'impact de l'évolution des pratiques agricoles. Dans de nombreuses régions viticoles françaises, dont l'Alsace, les vignobles et les villages sont souvent situés côte à côte. Cette proximité a donné lieu à des conflits concernant le bruit, les activités nocturnes et l'utilisation des terres, d'autant plus que le changement climatique oblige les viticulteurs à adapter leurs habitudes. Par exemple, l'augmentation des précipitations a poussé certains traitements des vignobles à être effectués tôt le matin ou tard le soir, parfois même pendant les week-ends, ce qui a créé des frictions avec les voisins.

Le premier article de la proposition de loi prévoit que les Organismes de Défense et de Gestion (ODG), qui représentent les viticulteurs d'appellation, soient systématiquement associés à l'élaboration des plans locaux d'urbanisme. L'objectif est de s'assurer que ces plans sont élaborés de manière concertée et que la pression immobilière ne menace pas les terres agricoles situées dans les zones d'appellation d'origine protégée (AOC).

Le deuxième article vise à étendre les protections juridiques existantes pour les agriculteurs contre les plaintes des voisins concernant ce que l'on appelle les "troubles anormaux du voisinage". La législation actuelle protège déjà les activités agricoles de longue date contre de telles plaintes si elles sont antérieures à l'arrivée de nouveaux résidents. La nouvelle mesure étendrait cette protection aux changements de pratiques agricoles induits par l'adaptation au climat, tels que la récolte des raisins avant l'aube pour en préserver la fraîcheur, qui peuvent être bruyants mais qui sont de plus en plus nécessaires.

Hubert Ott a expliqué qu'il fallait faire preuve de tolérance lorsque les habitations et les vignobles coexistent. Il a cité l'Alsace comme exemple d'une région où la séparation des villages et des vignobles nuirait à l'attrait du paysage et à l'économie locale. Il préconise plutôt une compréhension mutuelle et une prévention proactive des conflits en impliquant les représentants de l'ODG dans les processus de planification locale.

Raphaël Fattier, directeur de la Confédération nationale des vignerons d'appellation d'origine contrôlée (CNAOC), a salué la proposition. Il a déclaré qu'elle reliait enfin l'utilisation des terres, la production agricole et la gestion des territoires, trois éléments qu'il considère comme vitaux pour l'avenir de la viticulture française. M. Fattier a souligné que les ODG ne devraient pas être considérés comme des acteurs périphériques de la planification urbaine, mais comme des partenaires essentiels dont l'implication peut contribuer à soutenir les activités viticoles dans les zones d'appellation.

M. Fattier a également noté que de plus en plus de viticulteurs sont désormais obligés de travailler la nuit en raison de l'évolution des conditions météorologiques. Cette modification des horaires de travail a créé une incertitude juridique et augmenté le risque de poursuites judiciaires de la part des voisins dérangés par le bruit ou d'autres perturbations. Il estime que des protections juridiques claires sont nécessaires pour que les viticulteurs puissent s'adapter sans craindre les poursuites judiciaires.

M. Ott espère que son projet de loi sera débattu et adopté lors d'une session parlementaire prévue fin mars. Il travaille avec d'autres législateurs pour affiner le texte et obtenir le soutien de tous les partis. Si elles sont adoptées rapidement dans le cadre d'un processus législatif accéléré, à l'instar des précédentes lois relatives à la viticulture, les nouvelles règles pourraient entrer en vigueur prochainement. M. Ott a déclaré qu'il souhaitait se concentrer sur les questions pratiques concernant les communautés rurales tout en évitant la polarisation politique autour des préoccupations de l'industrie vinicole.

Les changements proposés modifieraient des articles spécifiques du code de l'urbanisme et du code rural français. Elles reconnaîtraient officiellement le rôle des ODG dans la planification urbaine des zones d'appellation d'origine contrôlée et permettraient explicitement d'ajuster les heures de travail agricole en fonction du changement climatique lors de l'examen des plaintes pour troubles du voisinage. Cette initiative reflète les efforts continus des législateurs français et des groupes industriels pour équilibrer le développement rural, l'adaptation environnementale et les relations avec les communautés dans certaines des régions viticoles les plus emblématiques du pays.